quand un archevêque prétend détenir un remède contre le coronavirus – Jeune Afrique



En cette période de pandémie où se tissent hypocondrie et calcul politique, l’archevêque de Douala, Monseigneur Samuel Kleda, affirme posséder un protocole à base de plantes permettant de guérir le Covid-19.


Lorsqu’on ne sait plus à quel saint se vouer, autant se jeter dans les bras du clergé. S’il n’est pas garanti que la foi puisse sauver l’Afrique d’un chaos pandémique de moins en moins annoncé, peut-être les hommes de foi le pourront-ils. Il s’agirait alors d’une thérapie des corps tout autant que d’un acte de contrition, pour les autorités ecclésiales dont les invitations à la prière collective ne sont pas étrangères à la propagation du Covid-19.

Depuis quelques jours, le messie présumé est annoncé au Cameroun, en la personne de Monseigneur Samuel Kleda, archevêque de Douala. Naturopathe à ses heures séculières, le catholique en chef détiendrait des remèdes présentés comme un traitement à base de plantes médicinales contre le coronavirus.

Le ministre camerounais de la Santé publique ayant envisagé « d’accompagner sur tous les plans » l’évêque dans sa démarche – en dépêchant notamment une mission du ministère de la Santé publique -, des Doualais hospitalisés ne manquent pas de quitter les centres de prise en charge du Covid-19 pour se rendre chez Mgr Kleda. Au 1er mai, le Cameroun a dépassé 1 800 infections recensées et décompte plus de 60 décès.

Rétropédalage ?

En cette période de pandémie où se tissent hypocondrie et calcul politique, réalisme sceptique et promotion romantique de la pharmacopée africaine, chacun navigue entre prudence et prise de risque. Surtout lorsque le bouche à oreille évoque un remède miracle.

Une polémique ne pouvait donc manquer de naître à Douala. Et l’archevêque de préciser sa pensée. Rétropédalage ? Le prêtre phytothérapeute indique que ses remèdes naturels ne soulagent – voire ne soignent – que les symptômes du Covid-19 : « Je n’ai pas dit que j’ai trouvé un traitement contre le coronavirus. Il faut des études sérieuses pour en arriver à cette conclusion ». Alors, cautère sur une jambe de bois ?

Si chacun peut se réjouir des quêtes de curatif ou de prophylaxie, il ne faudrait pas que l’enthousiasme détourne des gestes barrières qui peuvent bloquer le virus avant sa transmission. Les protocoles de validation des médicaments sont non seulement chronophages mais aussi d’une subtilité scientifique imperceptible au commun des mortels. Et la foi instantanée en certaines solutions présumées peut conduire à baisser la garde, même si ces hypothèses sont dignes d’intérêt.

Ni afrophobie, ni afrophilie en la matière : la méfiance concerne tout autant les pistes africaines – le Covid-Organics malgache notamment- que les recherches occidentales. L’Agence européenne du médicament a publié récemment de nouvelles mises en garde contre l’association de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine, combinaison qui pourrait n’être pas seulement infructueuse contre le Covid-19, mais aussi source de problèmes cardiaques.

Cette association thérapeutique est promue par le professeur marseillais Didier Raoult, qui l’exporte sur le continent africain. En attendant que Dieu reconnaisse les siens, archevêque ou pas, évitons d’inviter le virus. Prions dans notre coude…

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