lâché par Washington, Abdel Fattah al-Sissi se tourne vers la Ligue arabe – Jeune Afrique



À la demande des autorités égyptiennes, une rencontre en vidéoconférence entre les 22 membres de la Ligue arabe doit se tenir la semaine prochaine. Allié du maréchal Khalifa Haftar, Le Caire veut obtenir le soutien arabe à son plan de paix.


La Ligue arabe a annoncé ce vendredi 19 juin une réunion à venir des ministres arabes des Affaires étrangères. À l’ordre du jour : la crise en Libye, qui ne connaît pas d’épilogue près de dix ans après la chute de Mouammar Kadhafi. La rencontre, qui se tiendra en vidéoconférence, « devrait avoir lieu la semaine prochaine », a confié le secrétaire général adjoint de l’organisation panarabe Hossam Zaki, sans préciser de date, celle-ci étant toujours en discussion.

La réunion est convoquée à la demande de l’Égypte, soutien du maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’est libyen, dont les forces ont subi plusieurs revers depuis le lancement en avril 2019 de son offensive sur Tripoli. Les 22 membres y répondront-ils favorablement ? Côté libyen, la partie n’est pas gagnée d’avance. Le Gouvernement d’union nationale (GNA), dirigé par Fayez al-Sarraj, et seul reconnu par l’ONU, a d’ores et déjà « rejeté l’invitation de l’Égypte à tenir une réunion d’urgence du conseil de la Ligue. »

Dans une déclaration sur Facebook, le ministre des Affaires étrangères du GNA, Mohamad al-Taher Siala, a regretté que la Libye « n’a pas été consultée » au préalable, jugeant que « les procédures et les règles en vigueur pour toute réunion visant des résultats (…) n’avaient pas été respectées. » « Une réunion par visioconférence n’est pas appropriée pour évoquer des dossiers épineux qui nécessitent des discussions et des échanges approfondis », a-t-il ajouté.

Cessez-le-feu

Sur le terrain, le GNA peut compter sur l’appui militaire engagé de la Turquie. Ankara a notamment fourni au GNA des conseillers militaires et des drones, permettant à ses troupes d’inverser le rapport de force et de multiplier les succès ces dernières semaines. Le plus éclatant a été de chasser du nord-ouest de la Libye les forces du maréchal Haftar.

Le Caire a poussé en faveur d’un cessez-le-feu après la déroute de son poulain qui, en un an, a échoué à prendre la capitale. Le 6 juin, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a proposé une trêve prévoyant le départ des « mercenaires étrangers » et le démantèlement et désarmement des milices.

La Turquie et le GNA ont fait part de leur scepticisme au sujet de ce plan

La Turquie et le GNA ont fait part de leur scepticisme au sujet de ce plan, considéré comme une manière de faire gagner du temps au maréchal Haftar. En visite surprise le 17 juin en Libye, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a confirmé que l’objectif reste de renforcer la coopération « dans tous les domaines » entre Ankara et Tripoli.

« Nous avons également échangé sur la question d’un cessez-le-feu durable et d’un processus politique », a ajouté Cavusoglu en conférence de presse, balayant une fois de plus le plan égyptien. Le diplomate turc était accompagné du ministre des Finances, Berat Albayrak, et du chef des Services de renseignement, Hakan Fidan. Il s’agit de la plus importante délégation turque à s’être rendue sur place depuis avril 2019.

Le Caire en quête d’appuis

S’il était peu probable que l’initiative égyptienne enthousiasme la Turquie, Abdel Fattah al-Sissi a été davantage douché par la fraîche réaction de son allié américain. David Schenker, secrétaire d’État américain adjoint pour le Moyen-Orient, a certes remercié l’Égypte pour sa proposition « productive ».

« Cela dit, nous pensons que le processus sous l’égide de l’ONU et celui de Berlin est vraiment le cadre le plus propice pour négocier et avancer vers un cessez-le-feu », a-t-il ajouté le 11 juin, en référence à la réunion tenue à Berlin en janvier, et qui visait à mettre fin à la guerre civile.

L’Algérie et la Tunisie semblent peu disposés à se ranger sous la bannière du Caire

« Haftar est aujourd’hui grillé à Washington », explique à Jeune Afrique Jalel Harchaoui, chercheur à l’institut de recherche néerlandais Clingendael. D’où, sans doute, le peu d’entrain des États-Unis à appuyer un plan qui ne prévoit pas, de manière explicite, une mise à l’écart du maréchal de Benghazi.

Au sein de la Ligue arabe – dont les quatre anciens secrétaires généraux sont tous égyptiens -, al-Sissi peut compter sur le soutien des Émirats arabes unis, eux aussi rangés du côté de Haftar, et a minima sur la neutralité de l’Arabie saoudite. L’Algérie et la Tunisie, pays voisins de la Libye, semblent en revanche peu disposés à se ranger sous la bannière du Caire. Alger avait d’ailleurs accueilli avec prudence le plan égyptien.

Ankara, de son côté, tente de parvenir à un consensus bilatéral avec Moscou. Le 14 juin, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et son homologue de la Défense Sergueï Choïgou étaient attendus à Istanbul pour élaborer une feuille de route. La visite a été annulée à la dernière minute, sur fond de désaccords persistants sur les modalités du cessez-le-feu. La copie russe est jugée trop proche de celle de l’Égypte, que Lavrov n’avait d’ailleurs pas hésité à saluer.

Abonné(e) au magazine papier ?
Activez gratuitement votre compte Jeune Afrique Digital
pour accéder aux contenus réservés aux abonnés.





Source link

Leave a Reply

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.