de quoi l’affaire Walid Zidi est-elle le nom ? – Jeune Afrique



Le gouvernement proposé par Hichem Mechichi n’a pas encore obtenu la confiance du Parlement qu’il est déjà confronté à une polémique autour de la personnalité du ministre de la Culture.


Un inconnu à la Culture. C’est, entre autres, ce qui avait été retenu de la répartition des portefeuilles ministériels présentée le 25 août par le Chef du gouvernement, Hichem Mechichi. Il s’agit de Walid Zidi dont le seul fait d’armes est d’avoir été, en 2019, le premier non-voyant à obtenir un doctorat en Tunisie. Immédiatement, sa désignation fait débat mais il n’est pas en reste, nourrissant  lui-même la polémique.

Face aux remous provoqués par sa nomination, il annonce, moins de 24 heures plus tard, sur les réseaux sociaux vouloir se désister, avant de se rétracter en évoquant l’insistance et les encouragements du président de la République et du Chef du gouvernement. Déconcertant. Pour ajouter à la confusion, le lendemain matin, Mechichi écarte Zidi de son équipe ; dans les heures qui suivent le président Kaïs Saied le réintègre.

L’histoire devient difficile à suivre, les esprits s’échauffent : l’intervention du président enfreint la Constitution. L’objectif de stabilité politique s’éloigne et la crise politique est cette fois installée avant même que le gouvernement n’entre en fonction.

En attendant la réaction des partis

Mechichi qui n’avait pas prévu un tel désaveu du président est face à deux options : démissionner, ce qui conduirait vraisemblablement le pays à des élections anticipées, ou se maintenir à son poste ce qui signifierait une allégeance assumée à Carthage, contraire au régime politique en vigueur en Tunisie.

Mais comme souvent en politique les choses ne sont ni simples, ni binaires. Il faut encore attendre la réaction des partis qui jusqu’à présent se taisent, comptent les points et relèvent les entorses à la Constitution. Le Chef du gouvernement aura tout loisir de s’expliquer devant l’Assemblée le 1er septembre et il pourra également argumenter ses choix pour la marche de l’exécutif, l’attribution des portefeuilles, ses priorités et aussi sa vision de la Culture.

La nomination de Zidi ne doit rien au hasard. Au-delà de qui il est – un enseignant à la faculté féru de musique et de poésie – Zidi incarne en quelque sorte le programme du président où l’équité, la redistribution de richesses et la lutte contre les inégalités figurent en bonne place. Il coche toutes les cases : 34 ans, non-voyant, docteur en rhétorique et en traduction, natif du Nord-Ouest, une région oubliée du développement, le futur (?) ministre des Affaires culturelles est censé porter les revendications portées par la révolution de 2011.

Les milieux culturels protestent

Pourtant les milieux culturels protestent : force est de constater que Walid Zidi ne dispose d’aucune expérience en matière de gouvernance culturelle. Le conservatisme qu’on lui prête inquiète également. « Avec Zidi, Saïed va effacer la pluralité culturelle de la Tunisie et ancrer le pays dans les références arabes » estime une plasticienne. Comme si le pouvoir escomptait que personne n’oserait, par bienséance, relever que son handicap pouvait constituer un frein à son activité.

Dix ans plus tard, les bonnes vieilles ficelles de la communication populiste sur le thème du jeunisme de l’exécutif sont réactivées

Au lendemain de la révolution, l’expérience de confier des portefeuilles ministériels à des jeunes qui portaient leur inexpérience comme une médaille avait alors été tentée. Et avait très vite tourné court. Dix ans plus tard, les bonnes vieilles ficelles de la communication populiste sur le thème du jeunisme de l’exécutif sont réactivées, histoire de secouer le désenchantement et le marasme ambiant. Le profil de Zidi s’y prête et c’est à cette aune qu’il faut décrypter le phénomène.

Faillite d’un système

De quoi Zidi est-il le nom ? D’abord de la faillite d’un système qui laisse croire que sans expérience probante, le succès peut être au rendez-vous, par la seule grâce de symboles et non par l’effort et le travail. Ensuite de la crise des institutions. Désireux d’aller vers de nouvelles élections législatives, Kaïs Saied pourrait, grâce à la polémique Zidi, rebattre les cartes, et gagner du temps en créant les conditions pour que le gouvernement Mechichi ne passe pas.

Auquel cas, rien n’empêcherait l’équipe héritée de la période Elyes Fakhfakh de poursuivre sa mission. À moins que le Parlement n’accorde la confiance au gouvernement proposé par Mechichi, précisément pour éviter de nouvelles élections… Le bras de fer entre législatif et exécutif est en filigrane de tout ce qui se déroule en Tunisie depuis les élections de 2019.





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