[Chronique] Au Sénégal, les oryx de la discorde – Jeune Afrique



Le ministre de l’Environnement sénégalais devrait-il démissionner parce que deux oryx sont morts ? Le drame s’est produit alors que les animaux étaient en route pour une réserve privée qui appartiendrait à l’homme politique.


Les menaces sanitaires et sécuritaires qui pèsent sur l’être humain –particulièrement africain– ne détournent pas l’attention des défenseurs de la cause animale. Ces derniers ont du souci à se faire, sur le continent, en matière d’espèces menacées.

Après le massacre d’une quarantaine de gazelles dorcas, début juillet au Niger, et l’hécatombe de 350 éléphants du Botswana, en un mois environ, voilà que la mort de deux oryx fait grincer des dents au Sénégal.

Au bord de l’extinction et officiellement « éteinte dans la nature », d’après la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), les oryx algazelles ont été réintroduits au Sénégal à partir d’Israël en 1999.

Cause animale

C’est pendant le transfert nocturne récent de six oryx dits « de Libye », entre la réserve publique du Ferlo –au nord du Sénégal– et une ferme privée dénommée Sael, que deux d’entre-eux ont officiellement succombé à « quelques blessures et une fracture fatale du fémur ».

Sans réclamer les précautions de convoyage dévolues à la Joconde, les activistes de la cause animale s’étonnent du manque de précaution dans l’organisation du transport. En outre, l’agacement est devenu plus militant et le buzz plus viral, lorsque fut évoqué le nom du propriétaire présumé de la ferme destinataire.

Rôle du ministre de l’Environnement ?

Plusieurs médias locaux et activistes indignés affirment qu’il s’agit d’un ministre, et pas n’importe lequel : Adbou Karim Sall. Ce dernier n’est autre que le ministre de l’Environnement, également en charge de la faune. Plusieurs activistes réclament aujourd’hui sa démission.

En confirmant la mort des deux animaux, le ministère de l’Environnement ne pipe pour autant pas mot sur le propriétaire officiel du « domaine privé » qui accueillait les oryx. Mais pourquoi permettre l’étrange transfert d’espèces menacées d’un domaine public vers un lieu privé ? Selon le ministre en charge de l’environnement, cette manœuvre n’aurait pas de vocation égoïste, mais relèverait de la « promotion des initiatives privées » dans le cadre de la « mise en œuvre de la politique nationale de conservation de la biodiversité ».

Acte de braconnage

Le maire de la localité d’extraction des gazelles, lui, réclame la restitution des rescapées de cette escouade d’animaux protégés, ainsi que l’ouverture d’une enquête. L’implication –même indirecte– du ministre n’ayant été ni confirmée ni infirmée, les politiciens et les forums internet s’en donnent à cœur joie. La plateforme politique « Avenir Senegaal bi ñu bëgg » n’hésite pas à parler d’« acte de braconnage », une expression qui justifie un appel à Macky Sall pour qu’il démette Adbou Karim Sall de ses fonctions.

Le président sénégalais restera-t-il sourd au bourdonnement des réseaux sociaux ? Le Sénégal est bien placé pour savoir que les internautes, eux, sont loin d’être une espèce en voie de disparition…





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